Conférence de presse conjointe de Bernard Kouchner et Guido Westerwelle (Paris, 2 novembre 2009)

Guido Westerwelle, vice-chancelier fédéral et ministre allemand des Affaires étrangères, s’est rendu à Paris le 2 novembre pour rencontrer son homologue, Bernard Kouchner. Il était accompagné de M. Werner Hoyer, ministre délégué aux Affaires étrangères et Secrétaire général pour la coopération franco-allemande qui a été reçu par son homologue Pierre Lellouche.

Guido Westerwelle, vice-chancelier fédéral et ministre allemand des Affaires étrangères, s’est rendu à Paris le 2 novembre pour rencontrer son homologue, Bernard Kouchner. Il était accompagné de M. Werner Hoyer, ministre délégué aux Affaires étrangères et Secrétaire général pour la coopération franco-allemande qui a été reçu par son homologue Pierre Lellouche.

- Propos de Bernard Kouchner -

Mesdames et Messieurs,

Avec Pierre Lellouche, le secrétaire général, l’ambassadeur et beaucoup de nos amis, nous recevons avec beaucoup de plaisir le ministre allemand des Affaires étrangères M. Guido Westerwelle et le secrétaire d’Etat, M. Werner Hoyer.

C’est la première visite de notre collègue en France, je l’ai déjà rencontré jeudi et vendredi dernier à Bruxelles. Il nous avait promis que sa première visite serait pour la France.

Entre temps, je l’ai autorisé, car il me l’a très gentiment demandé, à aller voir notre ami polonais car notre collègue partait pour un long voyage.

Vous imaginez bien que recevoir les éminents représentants du nouveau gouvernement allemand était tout à fait nécessaire pour nous, amicalement et politiquement et, je l’espère, pour eux également. Mais je ne doute plus de cela puisque nos conversations, aussi bien entre Pierre et Werner qu’entre Guido et moi, ont été très riches.

Nous avons fait un tour d’horizon général des rapports d’amitié entre l’Allemagne et la France. Nul n’en doutait, mais il est préférable de le réaffirmer de temps en temps et, comme vous êtes des observateurs attentifs, vous pouvez constater que, depuis deux ans et demi en tout cas, nous avons toujours constaté que derrière les difficultés économiques, parfois les concurrences - et c’est bien normal entre de grands pays de l’Europe -, l’entente franco-allemande était à chaque fois réaffirmée. Réaffirmée parce que c’était une vérité, réaffirmée parce que c’était une nécessité.

Il en a été de même à travers l’évocation de tous les sujets : de la situation en France, de la situation en Allemagne, des conséquences de la crise. Puis, sur le plan international, nous avons également parlé de l’Afghanistan, de l’Iran, du Moyen-Orient principalement, même si nous en avons effleuré d’autres.

Nous répondrons très volontiers à vos questions ainsi que je vous l’ai indiqué mais tout d’abord, je vais donner la parole à Guido et il saura vous dire tout cela avec son cœur, car c’est cela qui compte. Nous avons vraiment ce rapport très privilégié, autour duquel s’articule - mais pas seulement - les avancées européennes. Ce sera encore le cas demain, parce que nous espérons que le Traité de Lisbonne sera adopté ce mois-ci. Je n’ai pas de date - Guido aura peut-être des informations qu’il nous donnera - mais si ce Traité est adopté, nous attendons ensuite une réponse du Sénat tchèque qui interviendrait demain.

A partir de là, toute une dynamique doit être lancée. Rien ne sera vraiment fait si l’Allemagne et la France ne sont pas en complet agrément, avec une communauté de vues, une communauté de décisions et la volonté d’agir.

Alors, vous verrez, l’Europe sera à nouveau à la manœuvre et, en particulier, je l’espère, à propos des trois sujets que je viens de citer - le Moyen-Orient, l’Iran et l’Afghanistan - et bien d’autres sujets encore.

Rien n’est possible sans cet accord, sans cette amitié et sans le développement de ces deux pays, en commun, ensemble.

Nous pourrons entendre Guido et nous évoquerons ces trois sujets, y compris bien sûr, le salut apporté par la communauté internationale à l’élection du président Karzaï, après quelques épisodes dont vous me laisserez penser qu’ils auraient pu être abordés différemment. Je salue donc l’élection du président Karzaï mais je salue surtout mon ami Guido qui va s’exprimer maintenant pour la première fois en France mais vraiment pas pour la dernière.

Je vous rappelle que vous allez poser vos questions, ici dans le salon de l’Horloge où, en mai 1950 Robert Schumann et Jean Monet ont vraiment créé, comme l’un des grands projets franco-allemand, la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier en Europe.

Je dis cela pour saluer mon collègue Guido.

Bien évidemment, vous pouvez aussi questionner Werner et Pierre.

Permettez-moi d’ajouter un tout petit mot, le Sommet franco-polonais se tiendra dans trois jours à Paris et Pierre me rappelle par ailleurs qu’au niveau des secrétaires d’Etats, avec les Polonais, ils se rencontrent le mois prochain.

Je vous rappelle également, acceptant totalement et partageant l’opinion de Guido, que la dernière réunion du Triangle de Weimar s’est faite en 2008, ici à Paris. Nous avons décidé que la prochaine réunion se ferait à Berlin et, bien sûr, je suis tout à fait d’accord pour y participer avec nos amis polonais. L’Histoire, comme le ministre allemand nous l’a rappelé - était-il besoin de le faire ici d’ailleurs ? - ce n’est pas la même Histoire. Il y a eu, avec la Pologne aussi, toute une période de froid parce qu’ils étaient bloqués, parce qu’ils étaient d’un côté du Mur qui n’était pas le bon. Donc, tout cela compte beaucoup et nous serons très heureux de réanimer, comme Guido l’a dit, ce Triangle de Weimar. Vous pouvez vous adresser, soit à Werner soit à Pierre si vous souhaitez quelques précisions.

Question - Monsieur le Ministre, il me faut vous demander si vous êtes heureux avec les développements en Afghanistan, avec le nouveau président élu, sachant qu’il n’y a plus d’élection en Afghanistan maintenant.
Monsieur le Ministre, encore une question : quelles sont les priorités en matière franco-allemande à l’avenir ?

Bernard Kouchner - Vous dire que je suis heureux de l’Afghanistan serait quand même difficile à soutenir. Je ne suis pas heureux de la guerre, je ne suis pas heureux que nous ayions encore à y envoyer des soldats même si c’est ce que nous faisons, nos deux pays, 22 pays européens et, bien sûr, nos amis américains.

Non, je ne suis pas heureux de cela mais je sais qu’il faut continuer. Il faut continuer en changeant de stratégie et j’attends qu’il y ait des rencontres plus intenses entre une stratégie européenne, qui se serait manifestée d’abord entre les pays européens qui participent, et nos amis américains. Les interrogations nées de cette guerre ne datent pas des élections. Mon commentaire des élections n’est pas très essentiel à la situation.

Il faut, enfin, qu’il y ait un gouvernement, le gouvernement du président Karzaï, accepté par tous, ce que la France a fait il y a quelques jours. J’étais à Kaboul avec le président américain de la Commission des Affaires étrangères, M. John Kerry, et nous avons proposé un document en neuf points, comme une suggestion bien sûr - le gouvernement afghan fera ce qu’il voudra - sur les problèmes à régler : de développement, de gouvernance, de respect des droits de l’Homme - le droit des femmes surtout -, etc…. Je dis qu’il n’est pas question de nous retirer maintenant, surtout en pensant aux femmes afghanes. Elles ont voté au péril de leur vie, près de 40 %, dans une élection où tout était menaçant. Il faut vraiment saluer cette manifestation démocratique, comme on peut saluer la manifestation démocratique qui a consisté à diminuer le nombre des voix de M. Karzaï, parce qu’il y a eu des fraudes, et à exiger un second tour au terme de la Constitution.

Mais rien n’est gagné si nous n’avons pas gagné le cœur de la majorité des Afghans.

Nous ne songeons pas à une victoire militaire, mais nous ne songeons pas non plus à une défaite miliaire, jamais nous ne serons défaits. La victoire ne sera pas seulement militaire. Il faut sécuriser suffisamment un certain nombre de points précis, de régions précises en Afghanistan pour pouvoir proposer aux Afghans de diriger leur propre projet de développement. Et cela, nous sommes décidés à le faire.

Nous tous qui sommes engagés là-bas - il y a 35.000 soldats européens, c’est beaucoup, il y a 70.000 soldats américains, c’est encore beaucoup plus, c’est même le double -, je crois que c’est une stratégie commune qu’il nous faut adopter et nous attendons. Il fallait attendre les élections et nous les avons attendues. Tous ceux qui ont salué la victoire du président Karzaï se sont manifestés. A présent, sans perdre de temps, il faut à nouveau passer au projet de développement dans des régions qui seront encore plus difficiles d’accès car la neige commence à tomber, dans le nord particulièrement.

Et puis, l’on pouvait, comme me l’avait promis M. Karzaï, lors d’une récente rencontre - mais il y a eu des bouleversements depuis - proposer et même insister beaucoup pour que travaillent ensemble M. Karzaï, le président et son principal adversaire Abdullah Abdullah. Je crois que ce serait également un progrès très net fait en direction de la paix et de la stabilité dans ce pays.

Je n’ai pas oublié le Pakistan. Je sais qu’il y a une grosse opération militaire de l’armée pakistanaise au Waziristan. Il s’agit là d’un changement positif que cette zone, de ce qui n’est pas une frontière puisqu’il n’y a pas de frontière - les deux zones pachtounes de chaque côté - soit l’objet d’offensives militaires qui, je pense, marqueront quand même un certain nombre d’avancées.

Question - Monsieur le Ministre, vous deviez partir en Israël il y a une quinzaine de jours. Allez-vous effectuer quand même ce voyage ? Et faut-il s’attendre à une coordination franco-allemande pour le processus de paix dans la région ?

Bernard Kouchner - Merci, oui, Monsieur, je n’ai pas pu me rendre en Israël à la date fixée mais une autre date sera fixée très prochainement, dans les 15 jours - trois semaines, je l’espère, cela dépend de la présence de mes interlocuteurs sur place, bien entendu je m’y rendrai.

Question - Pouvez-vous nous expliquer les raisons pour lesquelles le président français envisage de changer la date de la journée d’amitié franco-allemande, de remplacer le 9 mai par le 11 novembre ?

Bernard Kouchner - C’est assez simple, le 11 novembre c’était la victoire, c’était 14-18 et y assistait un parrain devenu plus rare : les survivants de la Grande guerre. Aujourd’hui, il n’y a plus de survivant de la Grande guerre. Comme vous le savez, le dernier d’entre eux, qui était anglais, est mort l’année dernière. Le président de la République et Madame la chancelière, Angela Merkel ont décidé de remplacer le 11 novembre par une fête de l’amitié et une célébration franco-allemande. C’est assez simple, c’est assez beau et c’est ainsi que cela commencera le 11 novembre après le 9 novembre à Berlin, pour pouvoir célébrer avec de nombreuses personnalités internationales du monde politique, la Chute du Mur de Berlin. Cela ne vous avait pas échappé, le rapprochement entre ces deux dates est fortuit. Le 11 novembre demeurera comme une fête franco-allemande et pour la première fois la chancelière allemande sera à Paris pour cela.

Question - Quelle est la position de la France en ce qui concerne le médecin allemand qui a été enlevé par un Français ?

Bernard Kouchner - Je partage évidemment ce jugement assez simple : l’affaire est dans les mains de la justice française.

Question - Monsieur le Ministre, les Américains semblent avoir fait, hier, marche arrière sur la condition de gels des colonies pour la reprise des négociations de paix entre Israël et les Palestiniens. J’aimerais savoir quelle est votre réaction ?

Bernard Kouchner - Votre question mériterait un long développement. Je me contente de vous dire que j’ai bien noté la déclaration américaine. Je comprends qu’il faut absolument que les pourparlers politiques reprennent, il le faut absolument. Et je maintiens la position française puisqu’elle ne fait de secret pour personne, nous, nous sommes pour l’arrêt immédiat de toute la colonisation. Je rencontrerai le 8 novembre la secrétaire d’Etat américaine.

Question - Concernant l’Iran, vous avez dit en introduction que vous aviez évoqué la question iranienne et je me rappelle que, il y a quelques jours, vous avez exprimé mieux le souhait que les Iraniens dans leur accord formel à la proposition faite par M. El Baradeï. Or, votre homologue iranien a dit, je pense hier soir, qu’il souhaiterait la constitution d’une commission pour négocier un nouvel accord avec l’AIEA, avec vous-mêmes, avec les Américains et les Russes. Que pensez-vous de cette proposition ou plutôt de cette demande iranienne ? Etes-vous prêts à accepter cette nouvelle exigence ?

Bernard Kouchner - La position des E3+3 ou des 5+1, comme vous voulez, est la même. Nous attendons que l’Iran accepte formellement l’accord avec le "Teheran Research Reactor" - TRR - et c’est ce qui a été proposé par l’AIEA. Cela est soutenu par la France, par les Etats-Unis, par la Russie, par l’Allemagne… Nous attendons cette réponse.

Si cette réponse est dilatoire, comme il le semble, nous Ne l’accepterons pas. Nous voulons parler avec les Iraniens, bien entendu. Nous voulons parler de leur programme nucléaire, pas du reste du monde.

Nous voulons aussi parler du reste du monde mais nous ne pouvons pas nous passer de parler du sujet urgent du programme nucléaire. Il est évident que ce temps qui passe est un temps perdu, mais pas perdu pour nous, perdu plutôt pour les Iraniens si je comprends ce qui se passe en Iran, en tout cas aussi ce qui se passe en terme de protestations populaires.

Je vous remercie.

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