Discours de Jean-Pierre Jouyet lors de la cérémonie de remise des prix franco-allemands du journalisme 2007 (27 juin 2007)

Messieurs les Présidents de la Radiotélévision Sarroise et de Radio France,

Chers lauréats des prix franco-allemands du journalisme 2007,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Je suis particulièrement heureux d’assister à cette cérémonie avec mon homologue, Günter Gloser. C’est la première fois, depuis ma récente prise de fonctions, que nous assistons ensemble à une manifestation franco-allemande publique. Günter, tu es venu spécialement d’Allemagne à Paris pour ce jour, dédié à l’amitié franco-allemande. Je voulais t’en remercier et te redire combien j’y suis sensible.

Messieurs les présidents,
Qu’il me soit permis de vous remercier, ainsi que vos équipes, pour nous avoir conviés à cette remise des prix franco-allemand du journalisme. C’est une manifestation importante à mes yeux. Vous éveillez la curiosité pour le voisin, dans le meilleur sens du terme, vous donnez envie d’apprendre et de comprendre, vous donnez les clés de lecture qui dynamitent les préjugés. En un mot, vous êtes des « passeurs » d’idées et de messages, ou encore des interprètes qui nous aident à mieux comprendre l’autre.

Mesdames et Messieurs,
Notre ère médiatique a besoin de pédagogie et d’un peu de temps, pour nous affranchir des images trop moutonnières, de la « pensée paresseuse ». C’est ce que vous faites lorsque vous prenez justement le temps de dessiner le portrait du voisin.

D’autant que la thématique des relations franco-allemandes est trop souvent lue, aujourd’hui, à travers le prisme du « glorieux passé » des grands couples politiques franco-allemands, ceux-là mêmes qui soulevaient l’enthousiasme des peuples avec leurs initiatives audacieuses : se réconcilier, jeter les bases de l’Europe d’aujourd’hui, faire tomber les frontières et les barrières, créer des contingents militaires communs voire même une chaîne de télévision franco-allemande.

Mais nous ne pouvons pas aujourd’hui uniquement regarder dans le rétroviseur pour définir le couple franco-allemand de 2007. La relation franco-allemande n’est aujourd’hui plus ce qu’elle fut à l’époque du Général de Gaulle et du Chancelier Adenauer. Mais pour autant, est-ce que cette relation est moins forte ? Certainement pas. Il suffit pour s’en convaincre de regarder ce qui s’est passé il y a quelques jours à peine à Bruxelles et je peux vous garantir, pour l’avoir vécu intensément dans les semaines qui ont précédé le Conseil européen, jamais nous n’avons travaillé si étroitement, en plus grande symbiose, qu’avec nos amis Allemands pour préparer ce Conseil et, en définitive, obtenir le succès que vous savez. Je crois que la Chancellerie et le Président de la République ont choisi l’approche qui est juste dans ce contexte : une dynamique franco-allemande, qui associe tous ceux qui le souhaitent au service d’une Europe plus forte.

Sorti de l’actualité des conseils européens, ou des rencontres de haut niveau, la question qui se pose est de savoir comment expliquer aujourd’hui, aux jeunes générations, la valeur inestimable de cette relation et tout ce qui la nourrit au quotidien ? C’est là votre rôle puisque, pour comprendre le couple que nous formons, il nous faut déjà connaître l’autre. Quelles que soient les similitudes superficielles, nous restons, de par nos traditions et nos histoires des sociétés distinctes. Nous avons d’autres habitudes, d’autres méthodes de travail, d’autres façons de vivre l’un par rapport à l’autre. Cela paraît banal, mais il nous faut le rappeler car autrement nous risquerions de tomber dans le piège d’une proximité virtuelle parce que nous aurions l’illusion de tout comprendre de l’autre, sans effort, grâce à la télévision, la presse, l’internet ?

Nous vivons un temps où l’Europe et nos plus proches voisins ne semblent plus rayonner et enthousiasmer comme cela fut le cas il y a un demi-siècle, quand le train européen s’est lancé : des voitures se sont rajoutées, la mécanique est devenue plus complexe et cela fait parfois oublier aux voyageurs que nous sommes le plaisir tout simple du voyage et de la découverte. Nous nous tournons de plus en plus vers de nouveaux horizons, l’horizon franco-allemand, voire même l’horizon européen, ne semblent plus exercer la même fascination. Nous le constatons quand des jeunes préfèrent des échanges scolaires avec l’Australie ou encore quand le choix des langues vivantes mène des parents à penser que des langues exotiques sont plus adaptées pour leurs enfants que le Français ou l’Allemand.

Mesdames et Messieurs,
Comment faire pour donner le goût du voisin, susciter l’appétit pour la découverte ou redécouverte de ceux et celles que nous croyons si bien connaître et que nous connaissons en définitive si mal ?

Et c’est là précisément que nous avons besoin de vous.

Vous tous qui êtes récompensés aujourd’hui, vous avez accompli précisément cette tâche si difficile mais si gratifiante quand c’est de la belle ouvrage. Vous avez donné envie, vous avez aiguisé la curiosité, vous avez étonné. Acceptez donc, au-delà des prix que vous recevez aujourd’hui, les remerciements très sincères de nous deux en tant que responsables pour la coopération franco-allemande de nos deux gouvernements. Vous faites vivre et renaître des liens entre nos deux sociétés, bien au-delà des cercles d’initiés.

C’est le sens de la devise que la présidence allemande qui se termine dans quelques jours, a choisie : « Ensemble nous réussirons l’Europe ». Ce qui est vrai pour l’Europe, l’est pour notre tandem franco-allemand, nous ne réussirons qu’en équipe.

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